K

C’est pas la fin du monde

C’est pas la fin du monde
Dans mes écouteurs, Ariane Roy.
Banc de parc, en boucle.

Minuit passé. Mon sac de caméra tire sur mes épaules. Mes jambes tremblent.
Je marche sans adresse précise.

La pensée traverse.
Un banc.
La nuit.
Moi.
Je ne la chasse pas.
Je l’entends.

Le printemps d’avril est froid.
La ville immense, et vide à la fois.
Aucun endroit où entrer.
Perdue entre partout et nulle part.

Je suis loin de la maison qui s’est effacée.
Je suis loin de tout, sauf de moi.
Et cette phrase ne m’effraie pas.
Elle me tient debout.

Le froid au bout des doigts.
Alberta.
Un choix.
Un territoire.
Une solitude assumée.

Au loin, un banc m’attend.
« C’est pas la fin du monde » me répète la musique.

Trois heures du matin.
Moins cinq degrés.
La fatigue s’est installée.
Sans violence.
Je m’allonge.

La lune blanche veille.
Un lampadaire reste allumé, juste pour moi.
Assez de lumière pour me rappeler où je suis.

Je n’ai plus peur.
Je suis là.
Présente.
Entière.
Je ferme les yeux.
Je me dépose.

Et ce n’est pas la fin du monde.


-Kalays