À ces hommes debout
On ne parle pas assez
de ces hommes
qui se lèvent avant le soleil
et rentrent
quand la fatigue
a déjà pris toute la place.
On les appelle forts.
On oublie
qu’ils ont mal aussi.
Ils se battent
contre les factures,
contre le regard du monde,
contre la peur silencieuse
de ne pas suffire.
Ils avalent leur orgueil
comme on avale un médicament amer,
juste pour que leurs enfants
ne manquent de rien.
Parfois
ils perdent un peu de leur dignité
dans des travaux qu’ils n’aiment pas,
dans des humiliations qu’ils encaissent,
dans des silences qu’ils gardent
pour protéger la maison.
Ils portent
le poids invisible
d’être le pilier.
Et les piliers
n’ont pas le droit
de trembler.
On leur a appris
que pleurer
était un luxe.
Que flancher
était une faiblesse.
Alors ils serrent les dents.
Ils tiennent.
Ils continuent.
À ces hommes
qui se battent sans arrêt,
qui tombent en silence
et se relèvent sans témoin,
vous n’êtes pas que des pourvoyeurs.
Vous êtes des cœurs
qui aiment
jusqu’à l’épuisement.
Et se sacrifier
ne devrait jamais
signifier se perdre.
Que votre force
ne vous vole pas
votre humanité.
Vous avez le droit
d’être fatigués.
Le droit d’être soutenus.
Le droit d’être vus.
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