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À force de ne pas vouloir être seule

À force de ne pas vouloir être seule
J’ai toujours tout fait
pour ne pas être seule.
Même me trahir un peu,
même me taire quand ça faisait mal,
même accepter moins
en faisant semblant que c’était assez.
J’ai confondu amour et tolérance,
présence et attachement,
et j’ai cru que souffrir en silence
était le prix à payer
pour qu’on reste.
J’ai accepté des absences déguisées en promesses,
des gestes tièdes appelés affection,
des mots vides
par peur du vide plus grand encore :
celui d’être abandonnée.
Je me suis pliée
pour être choisie.
Je me suis amoindrie
pour ne pas déranger.
Je me suis expliquée
quand je n’avais rien à justifier.
Tout ça pour qu’on m’aime.
Ou du moins…
pour qu’on ne parte pas.
Mais à force d’accepter tout,
je me suis perdue.
À force de vouloir être aimée,
j’ai oublié
que moi aussi,
je méritais mieux que des miettes.
Aujourd’hui, je comprends :
la solitude ne m’a jamais autant fait peur
que le jour où j’ai réalisé
que je m’étais abandonnée
avant même que les autres le fassent.
Je n’ai pas besoin de quelqu’un
à n’importe quel prix.
Je veux quelqu’un
qui ne m’oblige pas à disparaître
pour rester.
Et si je dois être seule un moment,
alors que ce soit
en paix avec moi-même,
pas entourée
et pourtant invisible.