A

à nos fiévreuses idylles

Ce poème est une lettre d’excuse - puérile peut-être, ainsi que livide - à mes amours à la robe luisante en ce ciel idyllique auquel j’aspirais, ainsi qu’à mon illustre compagne parmi d’abruptes romances - cette étoile aux éclats chaleureux à qui je dois tout.
Te souviens-tu de cette idylle dont nous furent les sujets ? Je pense que tu t’en souviens. Te souviens-tu de sa pâleur ? Ses éclats semblables à ceux qui couvrent les vitres. Je pense que tu t’en souviens. Te souviens-tu comme les jours et le temps broyaient les ailes de notre pauvre romance ? Mais te souviens-tu de cette lueur d’un amour fou et sincère et sublime qui demeurait ?
J’aurais dû te montrer ce soleil scintillant qui se fondait de se cogner au reflet de tes cheveux, d’illuminer au gré du jour ton sourire dansant, d’envelopper tes charmes de cette lumière dont tu t’habilles. J’aurais dû te faire goûter les délices de cette étoile aux éclats juvéniles qui fait briller ton sourire et ton parfum dans les atmosphères de la nuit. J’aurais dû te dire à quel point je t’aimais, à quel point tu fus belle. J’aurais dû descendre de mon nuage de lyrisme, faire des enfers le paradis au simple moyen d’une fleur de ton espèce ; j’aurais dû traverser les fleuves de la folie, y semer les célestes fragments de ton cœur valsant au-dessus des sphères du possible.
Je n’étais qu’un pauvre écorché, mais tu le savais, et il me semble que c’est ça que tu me trouvais ; je n’avais pas les bras forts pour te bâtir le bonheur, je n’avais que mon honnête lyre pour te chanter l’ivresse de tes trésors. Je n’étais qu’un pauvre écorché, et encore aujourd’hui, j’aimerais m’envelopper d’un corps qui te mérite ; malgré que ce fût mon âme sensible dont tu fus l’amoureuse. Je n’étais qu’un pauvre écorché, et toi, belle comme un ange immaculé, tu descendis dans les ignobles puits de mon âme inexplorée. Et aujourd’hui ? Je pleure de chagrin comme de bonheur, quand je vois ton ombre luisante et l’esquisse de ton sourire, qui me remonte quand viennent les étranges alcools de la nuit. Je t’aime ; il est trop tard. Je le sais ; mais je t’aime. Car, pour toi, j’aurais tout fait !
Je suis l’époux démoniaque. Celui qui se dérobe au réel, qui erre dans les déserts à la dérive. Je suis l’époux démoniaque. Celui dont les charmes amers sont un piège ! Le Roi et son idylle comme un ciel aux astres pleurants. Je suis le divin époux. Cet homme aux charmes oscillants. Je suis le divin époux. Celui qui portait à tes vieux égards quelques tendresses élancées, autant que de rancune. Je suis le divin époux, l’ange déchu qui ne laissa qu’à ton palais trop paisible quelques tristes acides, le sang de nos fiévreuses idylles ! Un planant goût de fer, un spectre de remords, et ses lueurs écarlates aux saveurs d’un horrible métal. Je suis l’époux délirant ; pardonne-moi ! Ô déesse bafouée !
Donne - si ton cœur y consent - la rédemption à mon âme damnée ! J’implore ta pitié qui, jadis, me fut une étrenne ! Car, je sais qu’elle était, qu’elle est, qu’elle sera !
©alocha