R

Abandonnée

Abandonnée
Ils sont trois.
Trois absences
qui ont laissé des cicatrices.
Le premier,
c’était mon père.
Je l’ai aimé avant même de savoir parler.
J’ai grandi en croyant
que l’amour se gagnait,
que je devais être assez
pour qu’il me choisisse.
Mais j’ai surtout appris
à pleurer en silence.
Encore aujourd’hui,
un père qui enlace sa fille
me rappelle tout ce que je n’ai pas eu.
Le deuxième,
je l’ai aimé avec mes manques.
Je l’ai confondu avec un refuge.
Je me suis accrochée
comme on s’accroche à la vie.
Je voulais exister dans ses yeux,
combler ce vide ancien.
Mais aimer trop fort
l’a fait partir.
Il m’a laissée avec du mépris
là où je cherchais la sécurité.
La troisième,
c’était ma douceur.
Mon amie.
Celle à qui je donnais mes vérités sans peur.
Puis le silence est venu.
Froid.
Inexpliqué.
J’ai parlé, j’ai supplié, j’ai douté de moi.
Elle disait que tout allait bien,
mais je sentais
que je n’étais plus attendue.
Je parlais à une étrangère
qui portait encore son nom.
Alors je me demande,
dans le secret de mes nuits :
qu’ai-je fait
pour être si souvent abandonnée ?