Ai-je le droit de vivre ?
Ai-je le droit de vivre
quand je n’ai rien à montrer ?
Pas de statut.
Pas de salaire.
Pas de réponse claire
quand on me demande
ce que je fais de mes journées.
Je cherche mes mots
comme on cherche une excuse
d’exister.
On était tous assis
sur le même banc.
À rire fort,
à promettre grand.
Ils sont partis.
Un par un.
Vers des vies
qui ont un sens visible.
Et moi
je suis restée.
Au même endroit.
Avec les mêmes questions.
Mais sans personne
pour les entendre.
Aujourd’hui
je ne suis plus invitée.
Plus attendue.
Juste tolérée
quand je parle trop longtemps.
On me regarde
comme si je m’égarais.
Comme si mes mots
tournaient en rond.
“Elle se perd dans des histoires.”
Peut-être.
Mais au moins
je parle encore.
Parce que le silence
lui,
me fait disparaître.
Quand tu n’avances pas
selon leurs règles,
tu deviens un détail.
Une parenthèse.
Quelque chose
qu’on oublie de refermer.
Je parle
et personne n’écoute vraiment.
Ou alors
juste assez
pour répondre vite
et passer à autre chose.
Alors je me tais.
Ou je parle seule.
Ça revient au même.
Ai-je le droit de vivre
sans preuve ?
Sans réussite ?
Sans place définie ?
Je ne sais pas.
Mais ce que je sais,
c’est ce poids
qui reste là,
dans la poitrine,
comme si exister
sans avancer
était déjà
une faute.
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