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Aimer sans disparaître

Aimer sans disparaître
J’ai appelé ça de l’amour
alors que c’était une lente disparition.
Je lui ai donné mes jours
comme on vide une maison
pièce après pièce,
persuadée
que le vide prouverait ma loyauté.
Je souriais
avec des lèvres fissurées.
Je disais “ça va”
pendant que quelque chose en moi
s’effondrait sans bruit.
Il prenait,
je donnais.
Il doutait,
je rassurais.
Il partait,
j’attendais.
Je me suis habituée
à vivre à moitié,
à respirer en surface,
à survivre dans un amour
qui me grignotait vivante.
On ne me reconnaissait plus.
Même mon rire
avait changé de voix.
Aimer ne m’a pas tuée d’un coup —
ça m’a effacée lentement.
Comme une photo
qu’on laisse trop longtemps
au soleil.
Le tragique
n’est pas de tomber par amour.
Le tragique
c’est de rester
quand on disparaît.
Et le jour où j’ai touché le fond
de mon propre silence,
j’ai compris :
personne ne mérite
un amour
qui te transforme
en fantôme.