Au tribunal de mes pensées
Silence dans la tête.
L’audience commence.
Je suis l’accusée.
Encore.
Mes erreurs entrent
une par une
comme des preuves irréfutables.
On les projette
en grand format
sur les murs de ma mémoire.
Le juge ?
C’est moi.
Le procureur ?
Moi aussi.
La défense ?
Absente.
On me reproche
d’avoir échoué,
d’avoir trop aimé,
pas assez réussi,
d’avoir parlé trop fort
ou pas assez vite.
Chaque souvenir devient
un chef d’accusation.
— Pourquoi n’as-tu pas été meilleure ?
— Pourquoi n’as-tu pas vu venir ?
— Pourquoi es-tu toujours en retard sur toi-même ?
Je baisse les yeux
devant mes propres pensées.
Condamnée
avant même d’avoir répondu.
La sentence tombe
tous les soirs :
culpabilité à perpétuité.
Comparaison aggravée.
Insécurité chronique.
Mais aujourd’hui
quelque chose change.
La défense se lève.
Elle tremble
mais elle parle.
Elle dit :
« Objection.
Être humaine
n’est pas un crime. »
Elle dit :
« Grandir prend du temps. »
« Tomber fait partie du dossier. »
« Se relever aussi. »
Le tribunal vacille.
Le juge hésite.
Et pour la première fois
je m’accorde
une circonstance atténuante :
j’ai fait de mon mieux
avec ce que je savais.
Audience levée.
Mes pensées ne sont plus
une prison.
Elles deviennent
un débat.
Et je ne suis plus
la condamnée.
Je suis
en construction.
R