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Avant qu’il ne soit trop tard

Avant qu’il ne soit trop tard
Je vous parle
avant de disparaître des tableaux,
avant que mon nom devienne
un murmure dans un couloir.
À vous qui riez,
qui poussez,
qui répétez chaque jour
que je ne vaux rien —
vous appelez ça des blagues.
Moi, j’appelle ça
apprendre à avoir peur.
À vous qui regardez
sans rien dire,
qui filmez,
qui détournez les yeux —
le silence aussi
fait mal.
Et à vous, Monsieur le Proviseur,
qui avez dit
« ce sont des enfants »,
« ça va passer »,
« elle est trop sensible » —
je vous parle.
Quand j’ai baissé les yeux,
ce n’était pas de la timidité.
C’était un appel.
Quand j’ai cessé de parler,
ce n’était pas du caractère.
C’était de l’épuisement.
Vous aviez le pouvoir
de me protéger.
De faire respecter.
D’agir.
Et vous ne l’avez pas fait.
Alors j’ai commencé à croire
que c’était ma faute.
Que je méritais.
Que je devais disparaître un peu
pour qu’on me laisse tranquille.
Écoutez-moi bien.
Le harcèlement n’est pas un jeu.
Il tue la confiance.
Il étouffe l’enfance.
Il vole l’avenir.
Je ne suis pas faible.
Je suis blessée.
Et une blessure,
ça se soigne —
quand quelqu’un écoute.
À ceux qui font mal :
vous n’êtes pas plus forts.
À ceux qui ferment les yeux :
vous êtes responsables.
Parlez.
Agissez.
Protégez.
Parce qu’un enfant
qui demande de l’aide
ne devrait jamais
avoir l’impression
que disparaître
est la seule solution.