Celle qui porte
Pourquoi c’est toujours moi
le mur contre lequel on pleure
mais jamais l’épaule
où je peux tomber ?
Je ramasse les tempêtes des autres
à mains nues.
Je dis :
viens, pose ça ici.
Et mon cœur devient
une salle d’attente
pleine de douleurs
qui ne sont même pas les miennes.
On m’appelle forte
comme on nomme
un meuble solide :
utile,
immobile,
silencieux.
Mais les meubles
ne parlent pas
quand ils craquent.
Je soutiens,
j’encourage,
je répare,
je rassure —
et quand la nuit arrive
je me retrouve
face à mon propre poids
sans personne
pour le partager.
Est-ce que j’ai appris
à aimer de travers ?
À donner si fort
que j’en deviens invisible ?
Je ne veux pas être un refuge
pour tout le monde
sauf pour moi.
Je veux quelqu’un
qui remarque
que même les piliers
s’effritent.
Quelqu’un qui me dise :
pose tout.
viens t’asseoir.
tu n’as plus besoin de tenir.
Parce que celle qui porte
aussi
a besoin d’être portée.
Et ce n’est pas une faiblesse —
c’est une respiration.
R