Celles qui restent
Il y a celles qui restent
avec une tasse pour deux
devenue trop grande pour leurs mains.
Le lit trop large,
le matin trop silencieux.
Elles ont perdu un mari,
un partenaire,
un compagnon de route,
un fiancé aux rêves inachevés,
un amour qui portait un prénom.
On leur dit d’être fortes,
comme si la force
remplaçait une présence.
Comme si les souvenirs
pouvaient réchauffer les nuits.
Elles continuent pourtant :
payer les factures,
répondre aux enfants,
sourire au monde
avec un cœur en béquilles.
Dans leurs sacs dorment des photos,
dans leurs téléphones des messages
qu’elles n’osent pas effacer.
L’amour ne meurt pas d’un enterrement,
il change juste de maison.
Elles apprennent à marcher seules
là où l’on marchait à deux,
à parler au passé
de ce qui devait être l’avenir.
Mais regardez-les bien :
sous le voile du deuil
il y a encore des femmes vivantes,
des femmes capables d’aimer,
même avec un cœur fêlé.
À toutes celles qui ont perdu un homme aimé,
je dépose ces mots :
vous n’êtes pas des moitiés,
vous êtes des survivantes de l’amour.
R