B

cicatrices d'encres

đź’Ącicatrices d'encresđź’Ą

Parce qu’il est des cicatrices

que l’on porte en silence,

plus bavardes qu’elles n’y paraissent,

murmurant sous la peau.

Accrochées, enracinées

aux valves fragiles du cœur,

elles battent au rythme de nos émois,

étoiles mortes encore brûlantes

dans le silence du ciel.

Elles font mal à l’intérieur,

chantent comme des plaies béantes

qu’aucune main n’a su fermer,

qu’aucune nuit n’a su calmer.

Alors je les crache sur le papier,

cicatrices sans pansement,

et la page devient l’éponge

de ce que ma bouche retient.

Car mon encre est parfois acide,

elle claque Ă  la face du monde,

fragments d’âme dispersés

que l’on préfère ignorer.

Alors accrochez-vous Ă  vos verres,

oui, ceux de ce soir,

refuges fragiles et tremblants

où vous noyez ce qui dérange.

Mais le verre ne suffit pas :

mon encre traverse les murs,

elle vous frĂ´le, vous fissure,

et racle doucement la nuit.

Prenez garde :

elle pourrait fissurer vos armures

d’une lame invisible, patiente,

si vous choisissez le silence.

Car elle laisse des traces profondes

chez ceux qui blessent sans regarder,

sans mesurer l’empreinte laissée

par la violence de leur saccage.

Ma cicatrice ne se raconte pas

au détour d’un couloir pressé,

elle ne se boit pas non plus

comme un simple verre de lait.

Elle est de celles qu’on noie

dans des verres qui se succèdent,

ceux dont on sait déjà

qu’ils ne seront pas les derniers.

Elle vous bouscule, ma cicatrice,

car elle parle Ă  chacun de vous,

réveillant les silences anciens

que vous croyiez enterrés.

Vous le dites mondain,

ce rituel de verre levé,

alors qu’il anesthésie doucement

la mémoire de nos traumas.

Riez donc de ma sobriété :

mes cicatrices parlent enfin,

et rendent à mon identité

le droit d’exister dans la réalité