C

Condamnée

J’ai toujours voulu être aimé comme j’aime, sans compter.

Donner et recevoir autre chose que le vide.

Être importante.

Être choisie.

Être la préférée.

Mais il y a des personnes qui naissent avec ce manque là.

Moi, je fais partie de ces gens.

J’ai autant eu peur qu’on m’abandonne jusqu’au jour où j’ai compris qu’on ne peut pas abandonner quelqu’un qui n’a jamais vraiment fait partie du décor.

J’ai toujours été seule, bien avant de constater que les gens partent.

Je n’ai jamais compris les cases de départ.

Aux yeux des autres, j’ai toujours été différente.

Comme si j’avais été construite avec une pièce manquante ou un rouage en trop.

On appelle ça un défaut. Moi j’appelle ça

ma condamnation.

“Pourquoi moi”.

Cette question je me la suis posée jusqu’à l’épuisement.

En grandissant, j’ai compris que je n’aurais jamais la réponse à cette question.

Parce qu’elle est inexistante.

J’ai appris à accepter mon sort.

Être une anomalie dans un monde qui exige la perfection.

On m’a souvent dit que j’étais trop.

Trop sensible.

Trop dramatique.

Trop intense.

Alors j’ai appris à faire semblant.

Faire semblant que rien ne m’atteignait.

Faire semblant d’être forte.

Faire semblant que tout allait bien.

J’ai porté ce masque pour survivre,

Je ne savais pas encore qu’il finirait par me coller à la peau.

Vous pensez sûrement que je suis une petite pourrie gâtée qui se plaint pour rien.

C’est facile de juger quand on ne porte pas des problèmes qui dépassent notre âge.

Un poids qui pèse une tonne.

Je ne me justifierai pas. Ça changerait quoi de toute façon ?

Vous avez déjà fait votre idée sur moi. Comme toujours.

Parce que l’être humain adore les façades, sans chercher à comprendre ce qui se cache derrière.

Pour vous qui ne voyez que la surface, pour vous qui m’avez déjà surnommé “la drama queen”.

Je m’appelle Cattral.

Je suis une fille de verre dans un monde de pierre.