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Conversation avec mon anxiété

Conversation avec mon anxiété
— Tu ne dors pas ?
— Non. C’est toi qui parles trop fort.
Tu arrives toujours la nuit,
sans frapper,
tu t’assois sur ma cage thoracique
comme si c’était ta chaise réservée.
— Je te protège.
— Tu m’étouffes.
Tu listes les catastrophes
avec la précision
d’un comptable du malheur.
Chaque possibilité devient
une urgence.
— Et si tout s’effondre ?
— Rien ne s’effondre.
— Pas encore.
Tu dis pas encore
comme une promesse.
Mon cœur accélère
pour suivre tes scénarios.
Mes mains deviennent
des alarmes ouvertes.
— Regarde ce que tu me fais.
— Regarde comme tu es en vie.
Tu confonds battre
et paniquer.
Respirer
et fuir.
Mais je te connais maintenant.
Tu n’es pas un monstre.
Tu es une peur
qui a grandi sans explication.
Alors assieds-toi.
Parle moins fort.
Je vais t’écouter
sans te laisser conduire.
Tu peux rester
mais tu ne touches plus
au volant.
Ce corps est à moi.
Cette nuit est à moi.
Et même tremblante,
je reste la maison
où tu passes —
pas celle que tu possèdes.