Crise invisible
On parle souvent de crise d’angoisse comme si la peur était la seule tempête digne d’un nom. Comme si la douleur devait faire du bruit pour exister. Comme si ce qui ne tremble pas assez fort n’était pas une chute. Mais il existe d’autres crises. Des crises sans cris. Des effondrements propres. Des naufrages qui n’ont même pas la décence de faire des vagues.Des choses qui ne cassent rien autour… sauf toi.
Il y a la crise de tristesse…
Elle ne crie pas. Elle n’explose pas. Elle s’infiltre.
Elle s’installe dans les coins du corps, dans les gestes les plus simples, dans les pensées qui n’arrivent plus à se terminer. Et un jour, tu te rends compte que tout est devenu lourd — même ce qui ne devrait rien peser, se lever, répondre, parler, exister correctement.
Dans une crise de tristesse, on ne veut pas forcément mourir. On veut juste que ça s’arrête à l’intérieur. Que quelque chose se débranche enfin. Mais rien ne s’arrête. Alors on continue, mal ajusté à soi-même, comme un vêtement trop serré qu’on n’ose pas enlever. Le monde, lui, ne ralentit pas.
Il avance, indifférent. Et toi, tu fais semblant de suivre, en retard sur tes propres émotions, en retard sur ta propre vie. C’est une pluie longue, sans orage, sans éclairs, sans fin. Une pluie qui ne tombe pas sur toi… mais en toi. Jusqu’à ce que même respirer devienne une tâche.
Il y a la crise d’espoir…
On en parle encore moins, parce qu’elle est plus dangereuse qu’elle en a l’air. Elle ne détruit pas l’espoir. Elle le tord. Elle arrive quand on croit encore, mais croire commence à brûler. Quand on s’accroche, non pas parce que ça fait du bien… mais parce que lâcher ferait encore plus mal. C’est continuer à attendre quelque chose qui ne vient pas, et appeler ça de la force. C’est sourire pour ne pas avouer que l’intérieur est déjà fatigué de tout essayer.
Une crise d’espoir, ce n’est pas l’absence de lumière.
C’est la lumière qui devient insupportable à regarder.
Ça brûle les yeux, ça brûle l’intérieur, ça brûle même les raisons de continuer… mais on reste là, à fixer quand même. Et on répète doucement, presque mécaniquement : “Ça va aller.” Alors qu’au fond, on ne sait même plus ce que “aller” veut dire. On ne sait plus si on attend une guérison… ou juste un silence.
C’est tenir debout uniquement parce qu’on a peur de s’écrouler pour de vrai. C’est survivre à force d’espérer. Et parfois, c’est ça le plus violent : ne pas pouvoir arrêter d’y croire.
K-ramel