Entre deux silences
La nuit se souvient de nous.
Chaque rue que je traverse chuchote ton prénom,
comme si l’air lui-même avait appris à respirer à ton rythme.
Je marche, et le monde entier devient une résonance :
l’écho de tes pas que je ne peux plus suivre.
Tu étais assis, ce soir-là, près d’elle.
Je l’ai vu.
Mais je n’ai senti aucune trahison,
seulement la pesanteur de ce qui nous lie encore.
Tes yeux, fugitifs, se sont accrochés aux miens
comme un fil qui refuse de rompre.
Et dans ce bref éclair,
j’ai reconnu ce que nous n’osons plus dire.
Nous nous aimons toujours—
c’est un secret que le temps lui-même ne parvient pas à effacer.
Pourtant nous restons immobiles,
toi prisonnier d’un courage qui vacille,
moi gardienne d’un feu qu’aucun vent n’éteint.
Je repense aux débuts :
tes mains qui riaient sur ma peau,
nos voix qui se tissaient au-delà des mots.
Nous étions deux voyageurs
qui croyaient que l’horizon se plierait à leur désir.
Puis la peur est venue,
et avec elle cette distance qui n’est ni rupture ni paix,
un rivage que l’on regarde sans jamais s’y poser.
Je t’attends, sans t’attendre.
Je vis, mais chaque battement porte ta marque.
Il y a dans mes veines
une marée qui se souvient de la tienne,
et dans mes rêves
une chambre où tu reviens chaque nuit.
Peut-être qu’un jour
nos pas se croiseront dans une lumière neuve,
libérés des raisons qui nous retiennent.
Peut-être que non.
Mais tant que l’univers garde le secret de nos cœurs,
tant que le vent sait ton nom,
je saurai que l’amour, le vrai,
ne se mesure pas à la proximité,
mais à cette force silencieuse
qui survit à tout.
M