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Entre la peau et le miroir

Entre la peau et le miroir
On m’a appris
à me surveiller.
À mesurer mes gestes,
mes rires,
mes silences.
On m’a appris
que la dignité,
c’est se contenir.
Alors je me regarde
comme un tribunal.
Je deviens le juge.
Je deviens l’accusée.
Coupable d’être trop libre.
Coupable d’être trop vivante.
Coupable d’être une fille.
Je me condamne
avant même que le monde
ouvre la bouche.
On nous demande trop.
« Jeune fille, habille-toi décemment. »
« Sois pieuse. »
« Sois belle — mais pas trop,
sinon tu deviens provocante. »
Je marche droite,
comme sur un fil.
Mais à l’intérieur,
je brûle.
Peur d’être jugée.
Et puis je comprends :
Je ne suis pas seule.
Nous avons appris
à nous taire.
À nous plier.
À nous excuser d’exister.
Entre la peau
et le miroir,
il y a une guerre.
Et cette fois,
le monde
n’aura pas raison de nous.