Grandir trop tôt
J’ai grandi trop tôt,
pas parce que je le voulais,
mais parce que la vie n’a pas demandé mon avis.
J’ai appris à me taire avant d’apprendre à parler de moi,
à comprendre avant d’être comprise,
à être forte quand je n’étais encore qu’une enfant
qui aurait voulu qu’on la protège.
J’ai grandi trop tôt
dans une maison où les silences faisaient plus de bruit
que les cris,
où l’on m’a appris à encaisser
plutôt qu’à pleurer.
Pendant que d’autres rêvaient,
je survivais.
Pendant que d’autres tombaient et se relevaient,
moi, je n’avais pas le droit de tomber.
On m’a confié des douleurs trop lourdes pour mes petites mains,
des responsabilités trop grandes pour mon âge,
et j’ai cru que c’était ça, être courageuse.
J’ai grandi trop tôt
et j’ai oublié comment être légère.
J’ai oublié comment demander,
comment espérer sans avoir peur d’être déçue.
Aujourd’hui encore,
je souris avec maturité
mais à l’intérieur,
il y a cette enfant fatiguée
qui se demande quand viendra son tour
d’être aimée sans devoir se battre.
Grandir trop tôt,
c’est apprendre à vivre
sans avoir appris à être soi.
C’est porter le monde
quand on avait juste besoin
qu’on nous prenne dans les bras.
Et pourtant…
je suis encore là.
Avec mes cicatrices discrètes,
mes silences profonds,
et cet espoir fragile
que la vie finira par me rendre
l’innocence qu’elle m’a volée.
R