Guérison
N’appelle pas à la guérison.
Tu n’en veux pas vraiment.
Tu joues avec ta plaie
comme on joue avec une excuse trop pratique.
Tu dis que ça fait mal,
mais tu presses là où ça saigne,
juste pour sentir quelque chose,
juste pour exister un peu.
Tu parles de sortie,
mais tu connais par cœur les murs de ta chute.
Le mal t’a donné une posture,
un vocabulaire,
une identité prête à l’emploi.
Sans lui, tu serais nu
et ça t’effraie plus que la douleur.
Alors tu l’entretiens.
Tu l’expliques.
Tu l’habilles de grands mots.
Tu l’appelles véritépour ne pas l’appeler confort.
N’invoque pas la guérisonsi tu refuses le silence après la tempête.
Guérir, ce n’est pas raconter sa douleur,
c’est accepter qu’elle cesse de te rendre intéressant.
On ne guérit pas
ce qu’on protège.
On ne guérit pas
ce qu’on exploite.
On ne guérit pas
ce qu’on caresse pour ne pas
affronter le vide.
Alors n’appelle pas à la guérison.Assume au moinsd’aimer ce qui te détruit.