J

Habitué

Habitué
Serait-il là dans mes dernières heures
comme il l’a été toutes ces années ?
Plus de huit ans qu’il veille à mes côtés.
Non, je ne l’aime pas — je le déteste.
Et pourtant il revient, fidèle, tenace,
comme une ombre collée à ma vie.
Quand il disparaît,
de brefs instants de lumière s’ouvrent en moi,
des respirations rares, presque des miracles.
Mais il revient toujours,
lui, cette présence qui m’étouffe,
qui s’insinue dans mes tempes
comme un rappel de tout ce que j’ai perdu.
Au début, il n’était qu’un murmure,
un souffle discret à peine perceptible.
Aujourd’hui il gronde, il martèle,
il s’impose, il me plie.
Il me murmure que je suis dans le faux,
que j’ai failli,
que je dois encore demander pardon.
Et surtout,
il me rappelle sans cesse
que mon père n’est plus.
Sa morsure me perce
jusqu’à me faire pleurer seul dans la nuit,
dans un silence que même mes mots
n’arrivent plus à fissurer.
En parler ne sert plus :
ils n’entendent pas,
ils ne comprennent pas le poids de cette présence.
Frustration, tristesse, peur —
voilà ce qu’il m’apporte,
voilà ce qu’il dépose dans mes veines,
jour après jour.
Pourquoi moi ?
Pourquoi lui ?
Je ne souhaite cette compagne à personne.
M’habituerai-je un jour à sa violence ?
Me quittera-t-il enfin ?
Ou finira-t-il par m’avoir,
comme tous les monstres qui rôdent trop longtemps ?