Il y a des actes d'enfants qui méritent de lourdes punitions, et il y a des pensionnats qui transforment les gosses en monstres.
Une année passée là-bas. Mais trois mois dans cette institution auront suffi pour comprendre qu'il fallait vendre chèrement sa peau, bouffer les autres pour ne pas se faire bouffer.
En début d'année, pourtant, il l'aimait bien.C'était un gamin du même âge, treize ans, brisé par un traumatisme si lourd qu'il en avait perdu tous ses cheveux.
Dans l'ombre de la chambre d'escouade à huit lits, cet innocent s'enduisait le crâne de crème avec un désespoir aveugle.
Le long couloir de l'étage était un puits de courants d'air glaciaux.
Sur le mur de gauche, quelques lourds blasons de bois pendaient dans la pénombre, vestiges des traces de générations passées.
À droite, contre les immenses fenêtres avalées par la nuit, étaient placés deux fois par semaine trois gigantesques bacs en fer d'un mètre carré environ.
On y jetait nos affaires sales en vrac afin de les faire laver.
Une fois le linge propre, l'un des prêtres lisait les étiquettes cousues à nos noms, faisait des tas, et chacun récupérait son linge qu'il fallait plier au cordeau pour l'inspection du matin.
Ce soir-là, les ombres des pensionnaires s'étiraient sur le sol froid, errant comme des fantômes sans âme.
D'autres élèves traînaient là. Le gamin marchait près des vitres. L'attraper et le jeter dans l'une de ces bennes métalliques ne fut dicté par aucune haine. Il n'y a eu ni dispute, ni colère.
C'était stupide, une violence gratuite et sadique de gosse à gosse.
Les mains se sont posées sur ses épaules frêles, le mouvement a été sec, implacable. Le basculement en arrière. Le bruit mat et terrifiant du corps contre la tôle rouillée a résonné dans tout le couloir.
L'apprenti bourreau a regardé sa victime chuter, et il a souri.
Autour de lui, personne n'a bronché. Des regards vides, amusés par la circonstance, des sourires malsains se sont dessinés : les aléas d'un quotidien banalisé.
C'était là le véritable résultat de cette école : nous étions tous devenus complices, prenant un plaisir malade à voir les autres souffrir.
La faute était réelle, ignoble.
L'auteur méritait une sévère correction. Mais dans ce huis clos, l'adulte ne corrige pas, il détruit.
Le prêtre, alerté par le bruit, a surgi des ténèbres du couloir.
Instantanément, les sourires se sont effacés. Les gamins se sont figés, silencieux, mais l'attente morbide se lisait dans leurs yeux : ils savaient ce qui allait suivre et s'en délectaient d'avance.
Le prêtre n'a pas eu un seul geste pour ramasser l'enfant brisé au fond du bac. Il s'en moquait éperdument.
L'incident lui offrait juste l'excuse parfaite pour se faire plaisir.
Sans un mot, il a soulevé l'enfant fautif de terre par les oreilles et lui a fracassé la tête contre le mur.
Trois fois de suite.
De manière totalement disproportionnée, sans la moindre retenue.
L'homme d'Église savourait sadiquement chaque impact, parfaitement conscient des dégâts qu'il infligeait et y prenant un plaisir fou.
Le choc l'a jeté par terre. Le prêtre l'a ensuite ramassé et traîné, à moitié inconscient, pour le balancer sur son lit, rappelant à la petite frappe de treize ans qu'il croyait être que le prédateur absolu, ici, portait une soutane.
La victime du bac s'appelait Charles-Henri.
L. (Note nocturne, 02h05)
L
Il y a des actes d'enfants qui méritent de lourdes punitions, et il y a des…