Ils m'ont dit "Tu es noir !" je ne le savais pas
Ils ont pris un miroir, criant "C'est toi cela".
Après tous ces mots-là ils ont battu un mur,
Ce qu'ils ont mis entre nous les rassure.
De quoi ? Je ne sais pas; je demande à maman
Elle sais tout, et me dit "mon enfant
Notre peau est très belle, on est de chocolat,
Dis leur que tu étais né dans du coca-cola."
Et j'y ai cru maman, j'y ai cru bien longtemps
Je suis un Soda fait du noir éclatant.
Je gardais mon Afro, je me trouvais si beau
Je portais ma couleur, comme on porte le flambeau.
Lorsque j'ai grandi, le mur est revenu
Il était si haut que celui j'ai connu,
Pendant ma douce enfance. Un mur grand comme le monde,
Et saccageant un rêve en moins d'une seconde.
Les gens étaient plus grands et le mot "noir" aussi
J'avais l'impression que ce mot a grossi.
Un mot épais, gras nourri à de l'engrais
Autour de lui la haine fait de progrès.
Il est devenu un système, un mode de pensée
Engloutissant "le noir" dans son fleuve insensé.
"Nègre" comme on dit, d'autres préfèrent "Singe"
Mais le singe a grandi, il a des méninges.
Il maîtrise la langue, il peut s'en servir
Pour crier à tous ceux qui ont cru l'asservir,
Que tous leurs murs flétris vont s'écrouler d'eux-mêmes
Des fantômes déchus au sein d'un requiem.
C'est quoi leur mot déjà ? "Noir" c'est ça en effet
Je suis noir et alors ? Qu'est-cela fait ?
Que je vienne d'Afrique ou d'ailleurs dans le monde
Je tremble comme toi quand le tonnerre gronde.
J'ai aussi d'enfants et comme tout parent
J'ai pour eux le rêve d'un monde différent,
Où ils peuvent grandir en étant ce qu'ils sont
Des humains qui mènent la vie à leurs façons.
Je suis noir et alors? Cela vous gêne ?
Je prends trop de place et d'oxygène ?
Derrière la peau mon sang est aussi pourpre
Que le tien, que crois-tu? Je suis comme toi, je souffre.
Je souffre comme toi quand on te discrimine
Pour ta taille, ton poids ou pour ton origine.
Je souffre comme toi lorsque ta différence
Devient une limite, une protubérance.
Je suis noir et alors? Ce mot sort de ta bouche
Il ne me voit pas, il n'est donc pas farouche.
Puisque je me situe au-delà de ces lettres
Le mot "Noir" n'est qu'un mot pas l'être.
Hier, j'ai dit à mon fils : "Grandis et sois un homme
Tu es bien plus qu'un noir ce que nous sommes,
Dépasse tous les murs qu'on mettra devant toi
La haine est du bois et son feu c'est la foi.
Victor Poète✍
BIBLIOTHÈQUE VICTOR POÈTE-PAROLIER📚
©Victor P
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