Juste un enfant
“Respecte tes aînés !”
C’est drôle
On doit vous écouter
Pourquoi ?
Parce que vous avez l’âge
Mais aussi l'arrogance qui va avec
Vous savez mieux
Evidemment
Toujours
Tout
Même nos propres ressentis
Oui, vous avez vu la vie
Vous
Oui, elle vous a cogné
Vous
Et juste vous
Pas vrai ?
Donc vous cognez aussi
Histoire que ça tourne
Comme les gifles
Comme les reproches
Comme ces phrases
Servies froides
Et pourtant brûlante
“Toi ? Fatigué ? Mais t’es jeune !”
“Oh, t’exagères !”
“Tu dramatises”
“Tu connais rien à la vie”
“Tu verras ce que c'est, la vrai vie, quand tu sera adulte”
Ô le sacro-saint statut d’adulte
Vous le brandissez à tout va
Comme une épée
Dont on se prend le plat de la lame en pleine tête
Et on devrait vous remercier !
En plus !
Mais oui
Merci pour le mépris !
Merci pour la condescendance !
Merci de marcher sur nos voix !
Comme on essuie ses chaussures sur un paillasson
Oui
C’est ça
Ce que l’on est pour vous
Un paillasson à émotion
On ne sait rien
Mais vous !
Vous !
Oui, vous !
Vous, vous savez tout
Tellement que ça vous dispense de réfléchir
Jamais de remise en question
Non !
Vous êtes des colonnes de marbre :
Froides
Figées
Et persuadées de tout porter
Vous vous trompez ?
C’est la faute du monde
On se trompe ?
Quelle insolence ! Comment as tu pu ?
Vous criez ?
C’est de l’éducation
On crie ?
Quel irrespect ! Je ne t’ai pas élevé comme ça !
Et puis il y a cette phrase
Qu’on devrait encadrer tellement elle est creuse
“Ah la la, les problèmes d’ados, c’est vraiment pas la fin du monde”
Bah si
Pour moi, ça l’est
Pour moi, c’est grave
Mais bon
Je suis jeune
C’est moi qui me trompe
Forcément !
Vous avez le droit d’aller mal
Nous, on a juste le droit de sourire
“Bonjour, au revoir, s’il vous plaît, merci”
Des robots
Respectueux de gens qui ne nous considèrent même pas
Sans sentiments
Sans douleur
On a pas le droit
“Pourquoi tu me parles jamais ?”
“T’as rien de plus intéressant à dire ?”
“Tu te plains vraiment pour rien…”
“Qui t’as donné la parole ?”
“Ma maison, mes règles”
“T’as aucun droit
Seulement ceux que je t’accorde
Rien ne t’appartient
Tout ce que tu as, tu me le doit
Tu es sous ma responsabilité
Tu n’es rien
Tu n’es personne sans moi
TU ES UN ENFANT !”
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