La colère
Tu as volé mon corps. Ma première fois. Et tu continues d’exister comme si de rien n’était. Moi, je porte ton geste dans la chair, dans les automatismes, dans cette façon de dire oui alors que je suis déjà absente. Tu m’as appris la honte avant le désir. La peur, avant le choix. Tu m’as laissé nettoyer derrière toi les souvenirs, les gestes, les hommes d’après qui ne savent pas, qu’ils touchent un terrain pillé. Je te hais pour chaque fois où mon corps s’est laissé faire sans moi. Pour chaque nuit où j’ai cru que me donner me rendrait le contrôle. Tu n’as pas seulement pris un moment. Tu as installé ta trace. Une colère coincée sous la peau, qui ne sait pas où aller. Alors je l’écris. Parce que si je ne peux pas te la rendre, au moins elle ne me mangera pas en silence. Le plus ironique de l’histoire, c’est que je ne sais même pas si tu le sais.
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