G

La fidélité à soi-même Il existe des êtres qui se consument à vouloir être…

La fidélité à soi-même

Il existe des êtres qui se consument à vouloir être irremplaçables, comme si l'amour était une dette
que l'on rembourse à force de sacrifices.

Ils prodiguent sans compter, expliquent jusqu'à l'épuisement, pardonnent au-delà du raisonnable, espèrent au-delà du possible. Et à force de s'offrir en entier à chaque main tendue, ils finissent par se perdre de vue étrangers à eux-mêmes, absents de leur propre vie.

Pourtant, se retrouver commence parfois par un refus. Refuser ce qui éteint la lumière intérieure. Refuser ce qui confond tendresse et déchirement. Refuser de demeurer là où l'on doit, sans répit, plaider sa propre valeur comme une cause incertaine.

On redoute que les limites construisent des murs,
qu'elles brisent ce que l'on tentait de préserver.
Mais les frontières que l'on pose ne détruisent pas l'amour elles l'empêchent seulement de se retourner contre soi, de devenir cette blessure que l'on n'ose pas nommer.

Il faut une forme de bravoure silencieuse pour s'éloigner d'un endroit où l'on espérait encore.
Il en faut pour consentir enfin que certaines promesses ne fleuriront jamais qu'elles étaient des graines semées sur de la pierre. Mais il en faut davantage, infiniment davantage, pour continuer de vivre dans ce qui nous efface.

Se respecter, ce n'est pas se durcir comme l'écorce.
C'est devenir limpide comme l'eau qui sait son chemin.

C'est saisir que la paix intérieure vaut parfois
bien plus qu'une présence qui trouble sans réchauffer. Que la solitude choisie peut être plus douce qu'un lien qui érode en silence, pierre après pierre. Que l'on ne se dépouille pas de tout en quittant ce qui nous dépouillait.

Un jour et ce jour arrive toujours pour ceux qui s'écoutent on découvre que l'amour le plus exigeant à apprendre n'était pas celui que l'on offrait aux autres dans l'ombre, mais celui-là, plus rare, plus vertigineux : ne plus se négocier soi-même.

Et ce jour-là, quelque chose se dépose. On cesse de guetter quelqu'un qui viendrait nous relever. On devient, doucement, quelqu'un qui se tient debout.

Et c'est peut-être là dans cette fidélité retrouvée à sa propre lumière que naît la forme la plus pure,
la plus paisible, la plus durable de l'amour.

Celle qui commence en soi, et ne demande plus à être sauvée pour exister.
La fidélité à soi-même

Il existe des êtres qui se consument à vouloir être…