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La liberté surveillée par les regards

Dans l'ère numérique où tout se dévoile,
La liberté s'exhibe, mais sous étroite voile.
Chaque pensée postée, chaque instant partagé,
Est scruté, commenté, jamais épargné.
Les regards invisibles des foules virtuelles,
Deviennent les barreaux d'une prison nouvelle.
On se censure, on s'autolimite, par peur du jugement,
De la meute prompte à condamner l'égarement.
La spontanéité s'éteint, la franchise s'efface,
Sous le poids constant de cette surveillance de masse.
On calcule ses mots, on filtre ses humeurs,
Pour ne pas dévier des normes, éviter les rumeurs.
Cette liberté exhibée n'est qu'une illusion,
Une performance constante sous observation.
On se conforme aux attentes, aux codes établis,
Pour ne pas être exclu, rejeté, affaibli.
Le droit à l'erreur s'amenuise, la critique est prompte,
À pointer du doigt la moindre incartade, la moindre faute.
On se sent épié, traqué dans nos moindres faits,
Dans cet espace public où l'intime est défait.
Alors, comment respirer librement sous ce joug,
Sans la crainte du verdict, du regard qui nous loupe
Et nous juge sans appel ? Il faut retrouver l'audace
D'être soi, sans les filtres, sans cette vaine impasse.
Car la véritable liberté ne se monnaie pas en "likes",
Elle s'épanouit dans l'authenticité sans entrave.
Osons briser les chaînes de cette surveillance tacite,
Pour que nos âmes s'expriment enfin, sans artifice.
Retrouvons le chemin d'une parole affranchie,
D'une pensée singulière, d'une identité choisie,
Au-delà des regards qui veulent nous enfermer,
Dans une cage dorée où l'on finit par s'aimer
Tel qu'ils veulent nous voir, et non tel que l'on est,
Une liberté surveillée, un bien triste sonnet.
©rina30