Capturer l'instant, non pour le graver en soi,
Mais pour l'offrir en pâture, telle une proie
Aux regards avides d'un monde virtuel,
Où l'éphémère règne, au détriment du réel.
Le plat à peine servi, le paysage à peine vu,
Le sourire à peine esquissé, aussitôt revu
À travers l'objectif, quête obsessionnelle
D'un cliché parfait, d'une image éternelle.
Ces moments précieux, sacrifiés sur l'autel
De la représentation, d'un paraître tel
Que l'on oublie de sentir, de goûter, d'aimer,
Prisonniers d'un rôle que l'on doit incarner.
Le concert vibrant, la conversation profonde,
Interrompus sans cesse, la seconde féconde
Volée à la présence, à l'émotion brute,
Pour un fragment d'image, une éphémère flute.
Cette course effrénée à immortaliser l'instant,
Ironiquement nous éloigne de son sens constant.
On se soucie plus de l'angle, de la lumière idéale,
Que de la saveur unique, de la joie cordiale.
Alors, posons nos écrans, libérons nos mains,
Retrouvons la simplicité des lendemains
Vécus pleinement, sans le filtre des objectifs,
Pour que chaque instant s'inscrive, vif et subjectif.
Car la véritable richesse réside dans l'expérience,
Dans les sensations brutes, la pure conscience
Du moment présent, sans souci de le figer,
Mais de le vivre intensément, sans plus s'en aliéner.
©rina30
R