La règle invisible
Pourquoi je me compare ?
Tout le temps.
Sur tout.
Comme si la vie
était un classement secret
où je cherche mon nom
sans jamais le trouver
assez haut.
Je regarde leurs corps,
leurs réussites,
leurs amours,
leurs victoires exposées
comme des vitrines
éclairées 24h/24.
Et moi
je me mesure
avec une règle invisible
qui rétrécit toujours
du mauvais côté.
On m’a appris à regarder devant
mais jamais à regarder dedans.
Alors je cours
dans les couloirs des autres
en oubliant ma propre porte.
Comparer,
c’est avaler la vie des autres
et recracher la mienne
comme si elle avait
mauvais goût.
Je transforme leurs lumières
en preuves
de mon manque.
Leur bonheur
devient une accusation.
Et le pire ?
C’est que personne
ne me juge autant
que moi.
Je suis juge,
jury,
et condamnation
à perpétuité.
Mais un jour
j’ai compris un truc violent :
je ne suis pas en compétition.
Je suis en construction.
Et une maison
ne se compare pas
à une autre —
elle tient
ou elle tombe.
Alors j’apprends
lentement
à fermer les vitrines
et à allumer
ma propre pièce.
Parce que se comparer
c’est vivre en reflet.
Et moi
je veux exister
en source.
R