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La toile

La toile

Non, non, vous ne comprenez pas. Je suis simplement amoureuse d’une toile. Par ce grain que je tâte du bout de mes doigts, je crois me mouvoir dans ce paysage si pur d’une âme chavirée.

J’aime une toile à en oublier le peintre. C’est une malédiction que l’on nomme l’amour naïf : aimer
l’apparence donnée, en détournant le véritable.

Par ses bords se vante un délicat, un orgeuil humé d’esprit bon. Par ses couleurs s'en divague un
romantisme enchanteur, elle a pris en mon cœur l’idéal espoir, en se priant de le détruire.


Ô ma toile, tu as été recouverte d’un drap blanc, mais tes paroles, que je m’étais promise de taire, ont
dénudé ce vice fou qu’est l’amour. Et je t'aime.

Le marécage prend mon être, ferme dans sa peur, dans l’incapacité de mouvement d’une suite non désirée.

Je m’abandonne à ses allures trop fausses pour l’amour mérité. Je donne, en ses traits indélicats, une
affection que l’on traverse et qui, dans sa course, me dépasse.

Voyez-vous, la solitude d’un cœur rend l’être amoureux perdu au sein des limbes de la foi, où se détache l’aspiration à une plénitude.

Mais l’euphorie humaine a entaché la sérénité expirée, car au-delà des mots, bien des pensées résident, prêtes à frapper le sang ou l’âme. Tout autour se transforme désormais en réflexion. L’amour a eu le plus faible : il s’est contenté de peu pour dévoiler l’envers de cette toile.

Le peintre, d’actions vaines, mène une existence où son jouir se nourrit d’envie. Le spectateur, humain à la
fortune de tristesse, perd face à l’amour d’une toile qui semblait sincère. L’attente consciente se dérobe ;
désolation de peinture qui, par ce grain que j’avais effleuré, m’a infligé une épine.

Et de cette main qui écrit saigne la poésie de l’amour, d’une jeunesse fatiguée, d’un renouveau auquel la
lune, d’un salut, avait envoyé la promesse, désormais expirée, d’une vision.