La voix de ma lettre ( titre de l'oeuvre)
ÉTHIOPIE...
Nuit silencieuse et souffrance sur ma plume,
Nuit des rues vides mais bruyante d'une voix féminine,
J'entends sanglots par le treillis de mon cœur,
Et mes larmes coulent d'une migraine de minuit.
Qu'est-ce cette voix et ces lamentations dans mon soir,
Et ces doigts qui tremblent d'un malaise,
Est-ce sous mon toit le deuil des enfants ?
Ces lamentations comme Rachel qui ne put être consolée ?
Par les pistes champêtres et le chant des oiseaux,
Éthiopie, j'ai ouï ton tambour d'une oraison musicale,
J'ai observé ton soir larmoyer sans consolation,
Et ce fut pour moi la veillée fiévreuse loin de ton pagne.
J'ai entendu tes fils sur les routes de l'exil,
J'ai vu tes filles la faiblesse des jambes d'un sang frais,
Et tes hommes sans sandales m'ont murmuré la barbarie du nègre,
Ces fraternels visages qui flairent ton parfum comme les ours des neiges affamés.
Je revois encore à l'heure sur mon poignet,
Tes membres étendus sous l'appel du vendredi,
Et ton sang comme le vin qui abreuve le sol aride,
Ce vendredi loin de la plage des tribus de ton village,
Ce n'était pas le sang des buffles d'une libation,
Mais le Sang sous l'appel des divins étrangers,
Et le sommeil de tes entrailles ni rêve ni songe.
Éthiopie pour toi mes larmes adultes inondent ma couche,
Comme l'enfance sur ton dos et sous le soleil,
Je ne pleure guère la souffrance de l'esclave d'hier,
Car je porte tes souffrances en ce jour de mon souffle.
Ekra Hermann Laurent, Poète des Afriques et de l'Afrique Nouvelle
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