L'amour ou son ombre
Aujourd'hui, pour beaucoup, le désir a usurpé la place du lien.
Le plaisir des corps a parfois éclipsé ce que le cœur nommait jadis aimer.
On confond l'intensité avec la profondeur des eaux.
On confond la chaleur d'une peau avec l'intimité des âmes.
On partage l'éphémère d'une nuit sans jamais vraiment se rencontrer.
On dit connexion pour habiller une simple attirance.
On dit amour pour donner un nom au vide qui résonne.
Et parfois, on appelle relation ce qui n'était qu'un passage une silhouette dans le couloir de sa propre solitude.
Le désir n'est pas le mal.
Il devient blessure lorsqu'il se substitue à ce que l'âme réclame en silence :
la présence qui demeure,
la loyauté qui ne calcule pas,
la tendresse qui ne négocie rien,
la vérité qui ose se dire.
Car on peut effleurer un corps sans jamais en traverser le mystère.
On peut dormir contre quelqu'un et mourir d'une solitude intacte.
Il est une époque où l'on aspire à être choisi
pour sa capacité à éblouir, plutôt que pour sa capacité à durer.
Et c'est là que quelque chose s'effiloche doucement, sans bruit.
Quand le corps devient l'unique langage, on oublie que certaines âmes cherchent d'abord à être vues vues dans leur fracture, entendues dans leur murmure, respectées dans ce qu'elles portent d'invisible.
Le désir peut accompagner l'amour, le traverser, l'embellir. Mais il ne saurait remplacer ce qui fait tenir deux êtres lorsque l'ivresse s'est dissipée et que reste l'essentiel.
Car au fond, ce n'est pas d'être désiré que tant d'âmes ont soif.
C'est d'être aimé sans être consumé.
D'être choisi sans être épuisé.
D'être vu sans être possédé.
G
L'amour ou son ombre Aujourd'hui, pour beaucoup, le désir a usurpé la place du…