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Le bord du connu

Le bord du connu
Je vis au bord
de ce que je connais.
Ici tout est étroit
mais rassurant.
Les murs sont proches,
oui —
mais ils ont la forme
de mes habitudes.
Dehors,
on dit que c’est grand.
Que c’est lumineux.
Que c’est pour moi.
Mais l’inconnu
a la voix
d’un vertige.
Et si je tombe ?
Et si je n’étais pas faite
pour plus large que ça ?
Et si mes rêves
étaient plus courageux
que moi ?
Alors je reste
une minute de plus
dans la pièce familière
où rien ne casse
mais où rien ne grandit.
La peur
ne crie pas.
Elle chuchote :
reste.
ici au moins tu survis.
Mais au fond de ma poitrine
une autre voix répond :
survivre n’est pas vivre.
Sortir
n’est pas une trahison
du confort.
C’est une rencontre
avec soi-même
sans les murs.
Je tremble —
mais peut-être
que le courage
ne ressemble pas
à l’absence de peur.
Peut-être
qu’il ressemble
à ce pas fragile
fait malgré elle.
Et si je tombe,
au moins
ce sera en avant.