Le cri d’une mère
Ne me demandez pas d’être forte.
Pas aujourd’hui.
Aujourd’hui,
je suis une mère
à qui on a arraché l’âme.
Ma fille…
mon unique fille.
Celle qui faisait battre mes jours,
celle pour qui je respirais
sans m’en rendre compte.
Le monde me parle,
mais je n’entends plus.
On me touche,
mais je suis déjà ailleurs,
là où elle était encore vivante
il y a un instant.
Couvrez-la.
S’il vous plaît, couvrez-la.
Ne la mettez pas encore en terre.
Elle a froid.
Elle a toujours été frileuse,
ma petite.
Vous ne voyez pas ?
Elle n’aime pas le silence.
Elle va avoir peur.
Elle va m’appeler.
Et je ne serai pas là pour répondre.
On dit que le temps apaise.
Mensonge.
Le temps n’apaise pas
une mère qui enterre son enfant.
Il apprend seulement
à survivre avec un cri coincé
dans la poitrine.
Je lui ai donné la vie.
Je devais partir avant elle.
C’était l’ordre des choses.
C’était la promesse tacite
entre une mère et Dieu.
Rendez-la-moi.
Même pour une minute.
Juste pour la serrer,
juste pour lui dire
que je suis là,
que je le serai toujours.
Ma fille n’est pas morte.
Elle vit en moi.
Dans chaque battement trop fort,
dans chaque larme qui refuse de sécher.
Mais aujourd’hui,
laissez-moi pleurer.
Laissez-moi crier.
Parce qu’une mère
ne se remet jamais
de la perte de son enfant.
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