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Le jeu des cartes Les cartes dormaient déjà dans les mains du silence avant…

Le jeu des cartes


Les cartes dormaient déjà dans les mains du silence
avant même que nos vies commencent. Quelqu’un mélangeait le hasard dans l’ombre, et les étoiles regardaient sans répondre.

Le cœur battait comme une blessure sacrée, une lumière fragile refusant de tomber. Chaque amour devenait une carte brûlée qu’on rejouait encore sans jamais gagner.

La pique traversait les vérités humaines, froide comme une pensée qui saigne. Elle ouvrait dans l’âme des passages étroits où même le courage tremblait devant soi.

Le carreau brillait d’un éclat sans chaleur, comme les promesses que fabrique la peur. On construisait des royaumes dans la poussière en oubliant que le temps mange même la pierre.

Le trèfle riait dans les plis du destin, invisible et léger comme un dieu sans visage ni main. Il changeait les routes au milieu des nuits et faisait fleurir le doute dans l’esprit.

Et le joker ne ressemblait à aucune autre carte. Il n’appartenait ni au cœur, ni à la pique, ni au carreau, ni au trèfle. Il ne suivait pas les règles du jeu… il semblait les observer. Parfois il apparaissait entre deux instants, comme une erreur que le destin ne corrige jamais. Il changeait de sens selon la main qui le tenait, comme si la réalité hésitait à le définir.
Ni chance, ni malheur. Ni ordre, ni chaos. Seulement une possibilité qui refuse de se fixer.

Autour de la table, personne ne parlait. Les regards suffisaient pour comprendre qu’on jouait à quelque chose de plus ancien que la mémoire, plus vaste que la mort, plus profond que l’histoire. Et quand la dernière carte toucha lentement le vide, le silence devint presque liquide.

Alors j’ai compris, dans un souffle sans voix, que le jeu ne cherchait ni gagnant… ni roi. Seulement des âmes capables de regarder leurs propres ténèbres sans détourner.