Le monde d'en bas
Il y a des soirs
où je me demande
si quelqu’un comme moi
avait seulement le droit de naître.
Je marche avec un cœur
qui tremble pour les mauvaises personnes,
un cœur qui bat de travers,
un cœur que je dois cacher
comme un crime.
On m’a appris
que certaines envies
brûlent l’âme,
que certains regards
salissent la prière,
que certains désirs
peuvent me condamner
à être détesté de Dieu.
Alors je m’efface.
Je baisse les yeux.
Je me surveille,
comme si un faux battement,
un faux sourire,
pouvait me livrer au monde.
Je voudrais être simple,
être “normal”,
être ce fils qu’un père
peut fièrement présenter.
Mais je suis ce garçon
qui détourne la tête
quand un homme le trouble.
Ce garçon qui s’enfuit
de ceux qu’il apprécie trop.
Ce garçon qui fait semblant
de ne rien ressentir
pour survivre encore un peu.
Et chaque nuit,
c’est le même combat :
je prie pour changer,
je supplie,
je promets,
je me renie…
Mais au réveil,
je suis encore moi,
avec ce cœur tordu
qui refuse de mourir.
Parfois je me demande
si je finirai écrasé
entre ce que je suis
et ce qu’on m’ordonne d’être.
Et la vérité,
la plus sombre,
celle que je n’avoue jamais :
Ce n’est pas le manque qui me tue.
C’est de vivre dans un monde
où mon amour
vaut moins que le silence.
Un monde où je dois m’effacer
pour mériter le ciel.
Un monde où j’existe dans l’ombre,
où personne ne saura jamais
à quel point j’ai porté seul
ce que je n’ai jamais choisi.
J