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LE PÉNIBLE PONTIFF DE L'ÉFFIGIE

LE PÉNIBLE PONTIFF DE L'ÉFFIGIE
L'Art, voyez-vous. C'est un peu comme une vieille garce,
Qui vous promet le ciel, mais vous colle à la face
Le prix d'une âme à l'encan, et puis s'en lasse.
Un hiéroglyphe obscur sur la patine lasse
Du monde des bipèdes, englués dans leur fange grise,
Cherchant la lumière au fond d'une névrose exquise.
Un pénultième soupir avant l'éternel spleen,
Quand le pinceau, ce putain, vous offre un péan divin.

Le marbre, quelle blague. Une opacité si vaine.
Et le ciseau, ce démon, qui y grave sa peine.
On dit qu'il voit la forme, le noumène en puissance,
Moi, je vois le salaire, la petite pitance.
Une chrismation de sueur, une odeur de térébenthine,
Pour faire croire au quidam qu'il est moins balourdine.
Que l'artiste est un prêtre, un thuriféraire maudit,
Qui nous vend l'Infini avec un air rabougri.

La toile, un palimpseste de regrets et d'envies.
Un parangon de vertus que la mort nous ravit.
On y délire des anges, des saints aux yeux de verre,
Des archanges hiératiques, pour fuir l'éphémère.
Pourtant, c'est juste un bout de drap, et des couleurs qui saignent.
Un trompe-l'œil habile pour que nos pauvres cœurs saignent
Un peu moins, un instant, devant l'abîme béant.
L'Art, ce panacée douteux, ce remède onirique et méchant.

Le poète, ce dandy des mots, ce rhéteur des alcôves.
Il empile les solécismes, les rimes en alcôve,
Pour nous faire gober que le sens est caché là,
Entre deux hémistiches, un parfum de lilas.
Un théosophe de pacotille, un gnostique de salon,
Qui nous promet l'Éden au fond d'un gribouillon.
Le numineux, mon cul. Juste un bon coup de bluff.
Un mirage sybarite pour un public pouf-pouf.

Alors, la sainte Connexion, entre le bas et le haut ?
Une affabulation pour les crédules, les nigauds.
L'Art est un business, mon cher, une belle prébende.
On vend de l'éternel, on en vit, on en dépend.
On jette un sort thaumaturgique sur la toile ingrate,
On se pare de mystère, on fait la pitrerie et le matraque.
Le Divin ? Une figure de style, un emprunt séculaire.
L'Art, c'est l'homme qui se ment, pour échapper au néant séculaire.

Mais quand même... Parfois. Dans un coin de l'atelier.
Quand la lumière crépusculaire vient effleurer.
Un trait, une couleur, un chant subliminal et doux,
Alors, un frisson. Un prodige en nous.
Le satori d'un instant, la katharsis qui vous serre.
Et l'on se dit que peut-être, sous cette facétie amère,
Il y a bien quelque chose qui nous dépasse et nous lie.
L'Art, cette saloperie... C'est ce qui nous réconcilie.

INESTA Guillaume
Le 28/09/2024
À Briançon

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