Le prix de monter
Elle est née derrière les vitrines
où l’on regarde sans entrer.
Une enfance propre
mais serrée,
où chaque rêve
coûtait trop cher.
Elle a grandi avec la honte
collée aux chaussures :
les habits répétés,
les excuses inventées,
les regards qui classent
sans parler.
Elle a compris tôt
que le monde ne respecte pas
les cœurs,
mais les comptes en banque.
Alors elle a juré
de ne plus jamais
être la fille qu’on plaint.
Elle a poli son sourire
comme une arme,
appris les codes,
les phrases,
les silences élégants.
Elle est devenue
ce que le luxe écoute.
Chaque porte ouverte
était une victoire.
Chaque mensonge
un billet d’entrée.
Et plus elle montait,
plus elle enterrait
celle qu’elle était.
Un jour,
entourée de tout
ce qu’elle voulait,
elle a cherché son reflet
et n’a reconnu personne.
La pauvreté
lui avait appris la faim.
La richesse
lui a appris le vide.
On peut fuir ses origines.
On peut changer de décor.
Mais on ne trahit pas son âme
sans en payer le prix.
R