L'éloge du présent
Nous jurons aux ombres de l'au-delà une fidélité éternelle, érigeant en leur mémoire des autels de regrets et de remords. Nous tissons, pour ceux qui ne sont plus, une liturgie de souvenirs, cherchant dans le passé les échos d'un « si j'avais su » qui ne trouvera jamais d'écho.
Pourtant, dans ce culte des disparus, nous délaissons le souffle vibrant de ceux qui marchent encore à nos côtés.
Il existe, dans le quotidien, des présences que nous finissons par user à force de certitudes. Nous prêtons une oreille distraite aux voix qui nous appellent, nous croisons des regards sans en sonder l'abîme, et nous repoussons, par une négligence inconsciente, les âmes qui nous sont offertes, persuadés que leur lumière est un acquis inaltérable.
Quelle ironie cruelle que cette alchimie de l'absence : elle transmute en or pur ce que la présence, par sa simple proximité, avait rendu ordinaire.
Nous attendons, bien souvent, que le silence devienne sépulcral pour enfin daigner écouter. Nous laissons le vide s'installer, tel un juge implacable, pour nous révéler la valeur inestimable de ce qui, chaque jour, habitait notre existence.
Pourtant, la vie réclame une tendresse éveillée. Ceux qui respirent méritent une dévotion lucide, une attention qui ne se réveille pas seulement au crépuscule de leur départ.
L'amour ne saurait être une oraison funèbre, un hommage tardif murmuré au-dessus d'un précipice. Il est, par essence, une offrande vivante, une flamme que l'on doit nourrir et protéger tant qu'il est encore temps de sentir, sur sa propre peau, la chaleur de sa réciprocité.
Aimer, c'est reconnaître le miracle de la présence avant que le silence ne le transforme en souvenir.
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