Je vous invite à écouter la confession d’un ami poète, écorché des tréfonds du monde – moi-même plongé dans les toxiques abysses d’une tristesse trouvant sa haine :
(Chant)
Vous êtes un cadavre qui pourrit au soleil
Au soleil des funestes étés
D’où m’arrivent quelques lueurs écarlates
Aux saveurs d'un horrible métal
Vous êtes un cadavre
Aux mouches valsantes
Sous l’emprise
De ces putrides chaleurs
Vous êtes un cadavre
Dont les restes
S’étalent s’éparpillent
De regrets de remords
Voyez les courbes
Ils se déchirent
Sur leur limpide parole
On a perdu ces étrennes de chaleurs
Place au calvaire de nos chairs
L’enfer a changé son atmosphère
Désormais il est aux ingrats du par-terre
Voyez les courbes
De l’imminente fin
Des génocides fermant le chapitre
Quel scénario Dieu nous a-t-il choisi
Vous êtes un cadavre qui pourrit au soleil, cet intouchable tyran, de l’univers, de la vie, de l’amour, il est le père et la mort. Ô soleil, farouche despote, toi qui fais planer ces torrides chaleurs et non celles des tendres chairs, filles des aimantes étreintes ; non, toi, méchant tout-puissant, égoïste créateur, tu fais régner ces immondes canicules, ces suantes chaleurs.
Vous êtes un cadavre qui pourrit au soleil. Qui pourrit, qui pourrit, sans que personne ne vous aide, dans le règne entrant de l’effroyable silence.
Vous êtes un cadavre qui sourit de votre bouche, cette épave dont les expressions revenantes ne sont qu’un immonde spectre d’où me remontent quelques étranges exhalaisons. Car vos yeux puent la haine, vos rires sont un étendard aux plus infimes violences, ces nuisibles cousines, ces hypocrites sorcières, ces pernicieuses.
Car vos jeux, vos amusements, vos sourires sont une émeute d’herbes narguant du vert de leurs contrées.
Vous êtes un cadavre déguisé, qui se voile des plaisirs de la nuit, qui se voile des ombres du banal, de l’immense foule où se perdent aisément vos entrailles et leur masque.
Vous êtes un cadavre dont les mouches valsantes autour de leur infecte éminence semblent rendre un rythme, une danse, une mélopée à un culte qui dépasserait les pauvres consciences, les simples humanités.
Vous êtes un cadavre autour de qui tourneraient un éternel ennui, une triste atmosphère, une horrible agonie, une éternité s’arrachant les cheveux, se taillant les veines dans la renaissance de son acte ; car vous êtes un cadavre qui pourrit, qui pourrit sans s’arrêter de pourrir, dont la chute, sans trouver sa fin, n’est que plus douloureuse. Car vous êtes un cadavre aux anciennes apogées, aux rayons éteints, aux robes splendides qui tournaient, dansaient, valsaient, retournaient, telle une étoile cherchant les lumières de la nuit. Vous êtes un cadavre dont les tristes oripeaux aux fausses lueurs semblent crouler sous le poids des fétides chaleurs.
Et moi, dans mon humble canyon aux arides falaises, ces fosses solitaires, perdues dans les glaces méditantes d’où s’élèvent quelques célestes proses, je garde mon venin pour de longues hibernations d’où il sortira, pétri de l’apogée de son poison. Je déverserai ses graves appels, sa colère insatiable. La poitrine fière gonflée d’un souffle décidé, j’enterre et déterre en ce poème quelques abjectes plaies d’où se déverse mon libre sang pouvant lâcher son torrent de haine. Et pourtant, au plus profond de moi, où s’effondre ma grandeur, sont enfouis quelques larmes foisonnantes. En ma gorge serrée, se retiennent depuis des lustres un cri d’animal, un appel éperdu, quelques sanglots éphémères, un bouquet d'amertume aux fruits d'une exquise tristesse.
Entre ange et démon, se tient fière et droite, sans trembler dans ses bottes maculées de verdure comme de boue, dans ses bottes crevant de chaleur ou suffoquant dans les eaux de pluie : l’humanité ; belle d’abandon, sublime dans ses brisures, onctueuse dans sa douce tristesse, rayonnant de ses vices et tourmentes. L’humanité, l’infâme et splendide trésor // de conscience, de chaleur ; et son indigne féal, l’humain, sombre cavalier déchirant de ses ailes étendues son égoïste semblable, aussi cruel que lui, mais se relevant dans le jugement de son tueur.
Justice ! Justice, un jour, verra son heure ! S’écrouleront les orgueils de l’humanité, ces entrailles qui se voilent de justice et valeurs, émergeant des tréfonds de l’âme où croupissent les vices expédiés aux enfers où j’agonise…
Justice ! Justice, Monsieur le juge ! Entendez l’aigre complainte d’un pauvre condamné ! Renvoyé des enfers, du paradis, coincé aux chairs de la Terre ! Agonisant dans les sombres infections des contrées inconnues, errant des quêtes absurdes dénuées de sens, cherchant sa mort, faisant s’écouler son immortalité de quelques ballades en potence…
Car, Monsieur le juge, aujourd’hui, me ferai l’avocat du divin époux, l’infernal, le démoniaque ; car, Monsieur le juge, aujourd’hui, me ferai l’avocat de moi-même !
Nul n’est un monstre, c’est moi qui vous le dis ; une ordure de tueur n’est que la victime de son crime. Nul n’est un monstre, c’est moi qui vous le dis ; une ordure de tueur jaillit sur autrui comme autrefois, les autres brisèrent son miroir d’ego en quelques tristes enflûres.
Nul n’est un monstre, c'est moi qui vous le dis ; une ordure de tueur, à jamais, portera le poids de sa chute.
Entre ange et démon, se tient pleurant et faible, le poète, perdu en d’étranges romances, qui fait miroiter sa tristesse au travers des mélodieux éclaircis, chantant son malheur et son crime, se lamentant de son geste, aux amours de la fatalité.
©alocha
A