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Les cendres du vivant J’ai aimé comme on se livre au vide, sans le secours…

Les cendres du vivant

J’ai aimé comme on se livre au vide, sans le secours d’un filet, sans la boussole d’une prière. Toi, tu portais en toi une clarté limpide, une évidence ; moi, je n’étais qu’une âme en ruine, une terre tributaire de tes moindres silences.

Je t’ai offert jusqu’aux abîmes de mes failles, mes nuits en lambeaux et mes doutes acérés comme des lames, convaincu que la seule force de mon amour même blessé, même incomplet suffirait à sceller nos brèches et à retenir ce qui nous liait.

Mais l’amour, parfois, n’est qu’un mirage. Un murmure doré qui nous effleure avant de s’éteindre, un brasier qui illumine le seuil d’un soir austère, pour mieux consumer les cendres de ce qu’il restait de nous.

Depuis, j’avance escorté par mes propres fantômes. Je porte en moi ces silences suspendus comme des dettes impayées, et ces « peut-être » sans royaume qui traversent ma chair, inlassables, refusant de s’arrêter.

J’ai cherché la guérison dans le creux d’autres étreintes, mais on ne désapprend pas un prénom gravé dans l’os. Ce nom que l’on exhale à mi-voix, dans le secret d’une obscurité enceinte, quand plus aucune oreille ne veille au creux de l’écho.

Car il est des ruptures qui sont des guerres sans armistice. Elles ensevelissent des cités entières sous les décombres, et même ceux qui survivent perdent, dans l’ombre, une part d’eux-mêmes qu’ils ne pourront jamais nommer.

Mais sais-tu ce qui me consume, au-delà de la blessure ?

Ce n’est pas ton absence.

C’est d’avoir traversé notre naufrage, d’être encore debout parmi les gravats de ce que nous fûmes, sans plus savoir si mon cœur palpite par désir véritable... ou simplement parce qu’il a perdu, au fil du temps, l’art d’oublier de battre.
Les cendres du vivant

J’ai aimé comme on se livre au vide, sans le secours…