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« La dépression n’existe pas en Afrique »

« La dépression n’existe pas en Afrique »
Ils disent :
« La dépression n’existe pas en Afrique. »
Comme si la douleur avait besoin d’un visa.
Comme si la souffrance
était un luxe réservé à d’autres continents.
Ils disent ça
devant des mères épuisées,
des pères brisés en silence,
des jeunes qui sourient dehors
et s’effondrent dedans.
En Afrique,
on n’appelle pas ça dépression.
On appelle ça
fatigue chronique,
colère sans raison,
silence prolongé,
larmes cachées dans la douche.
On appelle ça
« prie seulement »,
« sois fort »,
« pense aux autres ».
Alors on serre les dents,
on avale la douleur,
et on continue.
Mais la dépression est là.
Dans les corps qui n’en peuvent plus.
Dans les esprits surchargés.
Dans les nuits sans sommeil
et les jours sans goût.
Elle est là
chez l’élève brillant qui décroche,
chez la mère qui n’a plus d’élan,
chez l’homme qui n’a jamais appris
qu’il avait le droit de pleurer.
Dire qu’elle n’existe pas,
c’est condamner ceux qui la vivent
à souffrir deux fois :
dans leur tête
et dans le déni des autres.
La dépression existe en Afrique.
Ce qui manque,
ce ne sont pas les malades,
ce sont les mots,
l’écoute,
la permission d’aller mal.
Et tant qu’on la niera,
elle continuera de faire des ravages
en silence.
Parler,
ce n’est pas renier nos cultures.
C’est sauver des vies.