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Miroiter

Miroiter

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Au cœur de leur monde clos,

ils se croient centre de l’humanité,

aiguille unique, obsession du temps.

Pensent-ils vraiment ĂŞtre cela ?

Comme des roses droites dans le vent,

chaque jour ils osent attirer les regards,

chaque jour se placent sous tension,

sous les projecteurs qu’ils inventent.

Un pas, et ils se sentent jaugés.

Un souffle, et mille regards pèsent.

Chaque cillement devient sentence,

chaque silence, un jugement.

Ils s’offusquent qu’on les voit trop,

s’inquiètent qu’on ne les voie pas assez.

Ainsi coule leur vie en boucle,

bâtie dans l’imaginaire d’un danger :

un regard de travers, une critique,

partout un tribunal de fantĂ´mes.

ArrĂŞtez.

Nul ne vous fusille du regard,

nul ne vous juge Ă  chaque instant,

nul ne tisse autour de vos gestes

ce filet de rumeurs tenaces.

C’est vous, le juge et l’accusé,

le geôlier d’une prison de vent.

ArrĂŞtez.

Si l’œil d’autrui vous atteint,

c’est dans vos têtes qu’il brûle.

Comme vous, chacun s’occupe,

et mieux que vous, on se miroite,

on se sculpte chaque jour à l’image

que l’on désire au fond de soi.

Mais vous, caméléons dociles,

vous vous tordez au gré des foules,

et Ă  force de vouloir plaire au monde,

c’est vous-mêmes que vous décevez.

ArrĂŞtez.

Contemplez votre propre moi,

apprivoisez ce grand silence

oĂą nul ne vous demande des comptes,

oĂą la seule audience, enfin,

c’est ce regard que vous oserez

poser sur vous sans vous juger.