Mon cher amour,
Je ne sais par quels mots commencer cette lettre où s’étale une peine amoureuse dont les contours me ramènent sans cesse à un point que je ne peux atteindre, tant il m’est insupportable. Par ta beauté cruelle, ma poitrine se soulève dans un souffle saccadé, respirant ce parfum qui t’enveloppe, épuisée par l’odeur enivrante dont tu t’habilles et qui attire dans ses filets la pauvre âme que je suis.
Mais l’homme que tu loges en chacun reste en sa nature un homme. Ô mon amour, tu ne vois de moi que les courbes de la jeunesse qui s’offrent à ton regard. De ma bouche, de ce fruit défendu, c’est là seulement que tu t’attaches. Et pourtant, vois-tu, je le savais. Mais j’avais espéré, l’espace d’un instant, être dans tes yeux dans ton souffle même, différente.
Détestable amour, je te vois régner sur les cœurs et rire de nos blessures. Tu te glisses dans les veines comme un poison nécessaire, doux et cruel à la fois. Être ton élue, c’est goûter l’éternité et la perte dans un même battement. Et moi, je t’appelle, même en sachant que ta main se retire dès qu’on la serre.
Le début fut si charmant, d’une innocence trompeuse. Puis, au rythme régulier d’une horloge, la beauté s’est éteinte, ne laissant que le désir d’une image que mon cœur s’obstine à idéaliser. La raison le sait, mais la vérité si dure se fond dans tes promesses silencieuses.
Le destin que tu préserves fait naître en moi ce trouble ; un amalgame de vertiges et d’ardeurs que je ne peux apaiser. Je ne sais plus ce que je suis à tes yeux, ni même ce que ton étreinte fait de moi.
Un monde si faux ne peut contenir une chose si vraie. Par une injustice que malheureux êtres de chair incarnent sans le savoir, certains remportent cette chance d’aimer, d’autres ne sont qu’un instant oublié
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