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🌑 Mon compagnon de l’ombre

🌑 Mon compagnon de l’ombre
Il ne me suit plus. Il me consomme. Je sens ses dents
dans mes pensées, elles craquent lentement comme des os trop fragiles. Il mâche ce que je suis sans jamais avaler, juste pour garder le goût de ma décomposition sur la langue.

Je pourris de l’intérieur et il appelle ça exister. Il s’allonge dans mes organes, prend de la place, gonfle sous ma peau comme une présence qui n’a jamais eu de corps avant moi. Je suis devenu son abri. Sa viande. Son espace vital. Quand je respire, il s’élargit. Quand j’étouffe, il se nourrit. Chaque battement de cœur est une invitation. Chaque faiblesse, un festin ouvert.

Je n’ai plus de silence. Même le vide est plein de lui. Il lèche mes blessures avant même qu’elles saignent, les ouvre avec patience, avec tendresse presque comme s’il m’aimait assez pour me garder cassé.

Mon compagnon, mon ombre. Celui qui ne me tue pas par fidélité à ma souffrance. Celui qui me garde entier juste pour pouvoir continuer à me briser. Et je comprends maintenant si je disparaissais, il disparaîtrait aussi. Alors il me maintient là, à mi-chemin entre respirer et mourir, comme une chose qu’on n’achève jamais. Parce que je ne suis pas sa victime. Je suis ce qui le maintient en vie.
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