NOUS SOMMES VULNÉRABLES
Dans les plis d'un sommeil peuplé de cauchemars,
J’ai vu l’ombre en fureur me traîner vers l’égout,
Voulant murer mon âme au pays des hagards,
Mais c'est le bourreau seul qui sombra dans la boue.
Puis, fuyant ce combat vers des cieux plus cléments,
Je crus voir la Fortune, en un geste ironique,
Vomir ses billets d'or au pied des casinos,
Pour qu'ils tournent en faux sous mon doigt famélique.
Ô dérision du sort ! L’argent n’est qu’un brouillard.
L’ami devient le guide au parking des enfers,
Où des pigeons défunts, au regard de vieillard,
Jonchent le sol bitume et les sombres enfers.
L’ascenseur monte au ciel pour rester dans la cave ;
Nous grimpons les sommets sans quitter nos prisons,
Tandis que le tuteur, ce despote concave,
De nos moindres festins nous vole les raisons.
C’est alors qu’apparut, sous la glace polaire,
Ce mannequin d’albâtre au costume parfait,
Idole de plastique, impassible et stellaire,
Devant qui mon orgueil d’un coup se liquéfiait.
J'ai pleuré comme un gosse au milieu de la rue,
Envieux de ce buste et de son bleu satin,
Voulant cacher ma chair, de misère impourvue,
Sous l'étoffe superbe au geste souverain.
Mais je sais le secret de ces hommes de fer,
De ces pères cruels aux jugements de glace :
S’ils flagellent en nous le moindre mal-en-mer,
C’est qu’ils craignent de voir leur propre image en face.
Leur mépris n'est qu'un masque, une armure de plomb,
Contre la plaie ouverte au fond de leur poitrine ;
Ils ne peuvent admettre, en leur orgueil profond,
Qu’ils sont frères du pauvre et de la figurine.
Ils détestent le cri de notre nudité,
Car elle est le miroir de leur fragilité.
Alors ils sont cruels, ils mordent, ils comparent,
Pour étouffer le sang dont leurs mains se déparent.
Mais moi, dans mon exil, sous mes loques de roi,
Je possède le cœur qu'ils n'ont plus sous leur loi.
Ils sont de plastique pur, et je suis de tourment ;
Je suis l'homme vivant, fait de Chair et de Sang.
INESTA Guillaume
Le 20/12/2025
À Briançon