Quand l'âme a faim
À cette époque troublée, le désir a usurpé la place du lien. Le corps a pris le trône là où le cœur régnait autrefois.
On a confondu l'embrasement avec la profondeur, la chaleur d'une nuit avec la lumière d'une vie. On s'est effleuré sans jamais vraiment se toucher.
On dit connexion pour habiller l'attraction d'un mot noble. On dit amour pour donner un nom au vide qui résonne. On appelle relation ce qui n'est qu'un passage, un souffle sur la vitre présent, puis disparu.
Le désir, en lui-même, n'est pas le coupable. Il devient blessure lorsqu'il se substitue à ce que l'âme réclame en silence : la présence qui demeure, la loyauté qui tient, la tendresse qui n'a pas besoin d'être méritée, la vérité dite sans armure.
Car on peut traverser un corps sans jamais en connaître l'intérieur. On peut dormir enlacé et mourir de solitude. On peut être choisi chaque soir et ne jamais être vraiment vu.
Il y a quelque chose de douloureux dans cette époque où l'on cultive l'art de plaire bien plus que l'art d'aimer où la séduction est devenue une langue courante, et la vulnérabilité, un dialecte oublié.
Quand le corps devient l'unique alphabet, on finit par ne plus savoir écrire ce qui compte : ces âmes qui ne demandent pas à être éblouies, mais simplement simplement à être reconnues.
Le désir peut habiter l'amour, l'orner, le vivifier.
Mais il ne saurait le remplacer lorsque l'ivresse se retire et que ne reste que la question nue, essentielle : es-tu encore là ?
Parce qu'au fond, ce dont tant d'êtres manquent
n'est pas d'être convoités c'est d'être aimés sans être consumés, choisis sans être épuisés, gardés, non comme un plaisir, mais comme une demeure.