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Son enterrement

Son enterrement
Aujourd’hui, on enterre quelque chose.
Pas un corps.
Pas un nom sur une pierre.
Mais l’illusion.
Il n’y a pas de cercueil,
juste des souvenirs trop lourds.
Des mots jamais dits.
Des excuses qui ne viendront pas.
Autour, ils sont tous là.
Les mêmes visages
qui ont blessé en souriant,
qui ont nié en jurant aimer.
Ils portent le noir
mais leurs mains ne sont pas propres.
On parle de famille,
de pardon,
de liens sacrés.
Personne ne parle
des nuits à pleurer en silence,
des cris étouffés,
de l’enfant devenu adulte trop tôt.
Je reste debout,
droite,
fatiguée.
On enterre aujourd’hui
l’espoir d’être enfin comprise.
L’attente qu’un jour,
ils changent.
Qu’ils voient.
La terre tombe lentement
sur ce que j’ai espéré trop longtemps.
Chaque pelletée
me libère un peu
et me brise encore.
Il n’y a pas de fleurs.
Seulement le deuil
d’un amour qui n’a jamais su aimer.
D’un foyer
qui a toujours brûlé de l’intérieur.
Je ne pleure pas fort.
On m’a appris que mes larmes dérangent.
Alors je pleure dedans.
Comme toujours.
Quand tout est fini,
je ne dis pas adieu.
Je dis merci.
Merci de m’avoir appris
ce que je ne veux plus jamais appeler
amour.
Et en quittant ce lieu,
je comprends enfin :
ce n’est pas moi qu’on enterre.
C’est la version de moi
qui attendait encore.