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Spectre

Spectre

Il y a des jours où je ne sais plus si je pense trop ou pas assez. Tout se mélange, tout se dissout. Je suis un corps qui avance, mais dont l’esprit est resté figé quelque part.

Je me sens comme un livre mal imprimé : les phrases se chevauchent, les pages sont floues, et même moi je ne peux plus me relire.

Ce que je ressens n’a pas vraiment de nom, juste un sentiment diffus qui serre la poitrine et brouille le reste.

Parfois, je me demande si le vide est tout autour de moi, ou au contraire, s’il vient du plus profond de moi.

On dit souvent que les pensées noires passent, mais les miennes restent. Elles s’incrustent, elles s’enracinent, comme du lierre noir qui recouvre les murs et finit par remplacer la pierre.

J’ai l’impression d’être faite différemment. Mes pensées tourbillonnent comme des feuilles mortes dans le vent, mais je semble être la seule à les voir parmi les passants. 

Il n’y a pas de cri, pas de larmes grandioses. Juste un silence lourd et imperturbable. Une fatigue sans début, mais surtout sans fin. Une chute tellement lente que je finis par croire que je suis immobile.

Je me contente de rester là, spectre parmi les vivants, en espérant que personne ne remarque que je suis déjà en train de disparaitre.

Je ne m’attends pas à ce que ça change.

Je ne me raconte plus d’histoire.

Je n’espère même pas la paix, juste l’absence de bruit dans ma tête.