Symphonie des possibles
La musique ouvre une porte dans le corps du monde,
un souffle qui déroule des siècles en un instant.
Elle mêle le sel des mers aux pas d’un cœur vagabond,
et transforme la poussière des jours en ciel brillant.
Un violon raconte l’enfance sous une pluie de lumière,
une basse creuse la terre où reposent nos peurs anciennes.
La flute effleure le silence et le fait fleurir en prière,
les percussions frappent l’heure, sculptent l’espace et l’entrainent.
Chaque note est une mémoire qui se souvient d’un lieu,
d’une voix qui s’est tue mais qui revient nous toucher.
Les accords bâtissent des ponts entre l’ombre et le feu,
la mélodie met des visages à ce qui veut voyager.
La musique parle sans langue et enseigne des gestes,
elle apprend au doute à marcher, au cri à devenir chant.
Elle sait ramener la main qui cherche et lui rendre la veste
de tous les mots perdus, de toute âme en attente.
Il y a des nuits où une arpège suffit à tout recomposer,
à recoudre le monde fendu par les jours trop vrais.
Il y a des matins où un silence, long et posé,
fait pousser, entre deux respirations, un fragile « jamais ».
Elle est l’algèbre des émotions, le secret des rencontres,
la traduction des aurores, l’écho des départs.
Quand les villes sont fatiguées de leurs rumeurs et leurs contres,
une chanson les réveille, leur rend couleurs et regards.
La musique est aussi combat, marche et barricade,
un chant qui rassemble, une main qui se tend.
Elle porte les cris où la loi a fait des failles et des ombrages,
et souffle dans les ténèbres un brasier incandescent.
Écoute : elle change la lenteur d’un paysage,
elle arrache au temps ses habits les plus austères.
Dans un accord qui pleure, dans un silence qui rassure,
naissent des cités de paix, des royaumes éphémères.
Ainsi la musique n’est ni simple art ni seul destin,
elle est compagnie fidèle, miroir et fenêtre.
Quand tout se perd, elle reprend la jeunesse humaine en main
et compose, mesure après mesure, notre manière d'être.
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