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Trois fois la même question Est-ce que tu m'aimes ? La première fois, ces…

Trois fois la même question

Est-ce que tu m'aimes ?
La première fois, ces mots sortent doucement, presque en suspens. C'est une curiosité timide, une envie d'entendre quelque chose de chaud pour réchauffer l'âme. Rien d'urgent. Juste une main tendue vers l'autre.

Est-ce que tu m'aimes ?
La deuxième fois, quelque chose a changé. La voix porte un poids que les mots ne montrent pas encore. Ce n'est plus une question innocente c'est un doute qui a pris forme, qui cherche une preuve capable de le faire taire.

Est-ce que tu m'aimes ?
La troisième fois, ce n'est plus vraiment une question. C'est une peur qui respire à voix haute. Une blessure qui parle à la place de la bouche.

Car lorsqu'on demande plusieurs fois si l'on est aimé, ce n'est pas la réponse que l'on cherche vraiment. On cherche de la cohérence. Quelque chose qui tienne debout malgré les silences, quelque chose qui reste vrai même après les gestes contradictoires, les absences inexpliquées, les tendresses qui disparaissent sans prévenir.

Les mots seuls ont cessé de suffire. Alors la voix insiste non pas parce qu'elle n'a pas entendu, mais parce qu'elle a perçu un vide quelque part entre les syllabes. Une fissure invisible que la réponse, seule, ne peut plus combler.

Il existe une vérité que l'on apprend rarement trop tôt : quand l'amour est vraiment ressenti, la question se fait rare. Non pas parce que les peurs disparaissent, mais parce que certaines présences répondent avant même qu'il soit nécessaire de demander. Elles parlent à travers les détails, à travers la constance, à travers ces petits gestes discrets qui rassurent sans jamais hausser la voix.

On peut prononcer je t'aime avec la bouche et laisser l'autre se sentir profondément seul.
On peut aussi aimer sans grandes déclarations, dans la régularité silencieuse, dans l'attention portée aux blessures invisibles, dans cette façon d'être là qui n'a pas besoin d'être nommée pour être ressentie.

Alors après la troisième fois, ce n'est plus l'amour lui-même qui est mis en doute.

C'est la façon dont il est ou n'est pas offert.
Trois fois la même question

Est-ce que tu m'aimes ? 
La première fois, ces…